NOUVELLES DU FRONT – 3/8/2020

Bonjour

Il se passera sans doute de longs mois avant que nous n’ayons la certitude de pouvoir disposer d’un vaccin efficace, parmi les plus de 120 à l’étude en ce moment.

En attendant ce jour, trois événements notables sont récemment survenus en termes d’immunité, d’environnement et de prévention :

  1. La bascule à 180° du conseil scientifique avec la déclaration d’un de ses membres : « Laissons les jeunes se contaminer entre eux, ils participeront à l’immunité collective »
  2. Le concept d’immunité croisée, démontré dans la Covid-19 par l’équipe de Nina Le Bert.
  3. L’annonce d’un très large programme de prévention visant à améliorer la condition physique des citoyens britanniques.

 Immunité

Dans le domaine immunitaire :

–       La preuve d’une mémoire acquise hors Covid-19, mais valable contre le SARS-Cov2, est désormais publiée : https://www.nature.com/articles/s41586-020-2550-z.

Cette étude montre que la moitié des personnes jamais infectées par un coronavirus possède pourtant une immunité préexistante et durable vis-à-vis de ceux-ci.

–       L’immunité collective est remise à l’honneur en France par un membre du CS (elle n’avait de fait jamais quitté le débat scientifique international depuis le début de cette épidémie) https://www.leparisien.fr/societe/sante/covid-19-le-pr-caumes-se-demande-s-il-ne-faut-pas-laisser-les-jeunes-se-contaminer-entre-eux-01-08-2020-8362149.php. Face à ce type d’évolution (un virus qui devient moins létal mais plus contagieux que le précédent, le SARS-2003), on n’a rarement d’autre choix, qu’il soit décidé d’emblée (Suède) ou après de multiples atermoiements (Royaume Uni, France). Ce changement de posture du CS est radical. Souhaitons qu’il soit entendu par les autorités.

–       La possibilité d’une immuno-sénescence rejoint celle de nos vulnérabilités et celles de nos fragilités sociétales.

Car il faut imaginer la progression de cette pandémie comme celle d’un feu de prairie. L’incendie prend où le vent porte les braises mais il s’étend surtout aux endroits où le bois est suffisamment sec et dense pour s’embraser.

Le vent de l’histoire a massivement développé les voyages à travers le monde, le développement des voies de communication ayant facilité l’expansion des microbes et des agents pathogènes (Cf le travail remarquable de Kyle Harper https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Comment_l_Empire_romain_s_est_effondr__-9782348037146.html). Dans l’état actuel de nos connaissances, les premiers propagateurs furent sans doute les citoyens du Hubei dès l’été 2019, puis des sujets contact, porteurs individuels, dans chaque région du monde. Mais il y faut aussi des conditions favorables :   –     un nombre suffisant de cas infectés (bien que le virus y circulât déjà, ce seuil n’était pas encore atteint en Europe entre octobre 2019 et janvier 2020)   –     et un contexte favorisant :

  1. l’âge des populations à risque et leur densité locale (la concentration importante dans les maisons de retraite a fait que ces établissements, en Europe, ont partout connu des taux de décès très élevés, que le pays ait décidé de confiner, ou pas) ;
  2. la fréquence des facteurs de risque cardio-vasculaires et métaboliques (très présents dans les pays développés) dégradant les capacités de défense ;
  3. une immunité défaillante, soit par absence de développement de la mémoire immunitaire (un nombre trop faible de rencontres avec d’autres virus semblables dans le passé, Cf Nina Le Bert), soit par son déclin : l’immuno-sénescence illustre alors dans ce domaine la perte progressive de nos facultés avec l’âge (comme c’est le cas de toutes les autres : vitesse de marche, mémoire, audition, vision, continences, puissance musculaire, …).

Que la raison en soit culturelle (habitudes acquises de distanciation, port du masque, …) ou biologique (entrainement des lymphocytes T mémoires, autres, …), la rencontre avec le SARS-CoV-1 en 2003 est l’un des facteurs les plus déterminants pour expliquer la différence entre les taux de mortalité des pays Européens ou Américains et ceux des pays d’Asie (10 à 100 fois inférieurs) qui ont dû y faire face.

Environnement

Enfin la dépendance, plus modeste mais certaine, aux conditions environnementales (UV, Températures – la vitesse de propagation lors de la phase exponentielle passant par un maximum lorsque la T° est proche de 10°C) est une condition indispensable pour voir se développer ce qui pourrait ensuite entrainer un phénomène de saisonnalité. Les deux autres conditions pour voir apparaître une telle alternance dépendront :

a/ des capacités des coronavirus à continuer d’évoluer vers des formes à mortalité plus faible mais à contagiosité plus grande (comme l’ont fait les ortho-myxovirus [grippe] et les autres beta-coronavirus [rhume]). Ceci est-il en cours en Amérique du Sud ? Des mutations plus fréquentes pourraient alors leur permettre de s’adapter rapidement à nos réponses immunitaires et, comme la grippe, proposer chaque année des formes agressives nouvelles à condition toutefois que

b/ les conditions d’échange entre les populations humaines se maintiennent au niveau qu’elles avaient atteintes en 2019 (ce qui, avec les difficultés économiques des compagnies aériennes et de l’aviation en général, n’est pas tout à fait certain).

A contrario, la dépendance de l’expansion pandémique initiale à la température (lors de la phase de propagation exponentielle) n’explique pas l’élévation du nombre de décès réobservée en juillet aux USA (au tiers des valeurs de mi-avril). Il ne s’agit pas, là non plus, d’une deuxième vague mais du développement lent de la première dans des États du Sud (Floride, Louisiane, Texas, régions Sud de la Californie) qui n’ont pas, ou peu, été touchés au printemps.

La notion de cumul des contraintes (et de concurrence des risques) peut permettre de mieux comprendre ce qui s’y passe. Ce sont en effet des personnes au même profil qui décèdent dans ces états (sujets âgés, cardiopathies, diabète, sédentarité, obésité, troubles métaboliques, insuffisance rénale …) mais ce qui change dans les États du Sud (les États de l’Est, très affectés en avril, ne sont plus concernés par le phénomène actuel) sont les vagues de chaleur qui, cette année, ont commencé plus tard (en juillet et non fin mai).

De fait, la situation associe bien une triple contrainte : des sujets à risque (cardio-vasculaire / personnes âgées), soumis à une chaleur contre laquelle la climatisation des foyers à haut revenu ne permet de lutter que partiellement (et beaucoup moins dans les foyers à faible revenu) et un virus, certes moins actif qu’au printemps, mais qui déstabilise un équilibre fragile (cet équilibre sera d’ailleurs d’autant plus difficile à atteindre chaque année que les vagues caniculaires seront de plus en plus fréquentes avec le changement climatique).

D’où l’importance de répéter l’un des messages de prévention les plus utiles dans ce contexte : maintenez au plus haut votre condition physique, seule garantie de résister le plus longtemps possible aux agressions. Cette forme de prévention a reçu un soutien « de poids » avec le programme présenté par le gouvernement de Londres, qui annonce vouloir améliorer la condition physique des citoyens britanniques et réduire leur obésité. L’avenir nous dira ce qu’ils en retiendront mais ces mesures sont bien la seule thérapie efficace actuellement disponible contre le coronavirus.

Chacune et chacun peut la mettre en œuvre dès aujourd’hui, s’il le souhaite.

PJ: Évolution de la mortalité en Europe (à gauche) et en France (à droite).

Jean-François Toussaint

Professeur de Physiologie, Université de Paris

CIMS Hôtel-Dieu, AP-HP – Review Editor IPCC / GIEC

Directeur de l’IRMES, Institut de Recherche bioMédicale et d’Epidémiologie du Sport

Are we reaching the frontiers ?  –  Espoirs, contraintes et limites

Publications Irmes – L’homme peut-il s’adapter à lui-même ?

Y a-t-il une date limite pour agir ?

Risques et Coronavirus

 

 

 

Concernant les deux continents les plus touchés
Comme en Europe (Figure 1), le taux de décès quotidiens des USA ne cesse de décroître (Fig.2) mais le nombre de nouveaux cas positifs augmente chaque jour en Amérique du Nord, aboutissant à une diminution continue du taux de létalité depuis la mise en place d’une politique beaucoup plus soutenue de dépistage
Le nombre de tests augmente, alors que la maladie infléchit son cours vers une moindre mortalité
Cela reste un bon signe évolutif : nous disposons de toujours plus de capacités diagnostiques

À noter que
1. les pentes de progression / régression sont identiques (Europe : 47 jours pour monter au pic, 65 jours pour redescendre à 80% de celui-ci – Amérique du Nord : 46 jours pour monter au pic, 63 jours pour descendre à 80%).
Seuls les taux diffèrent un peu : à 80% du pic, l’Europe en était à 380 décès par million d’habitants, l’Amérique à 343 par million)
2. les États de la côte Est, qui ont été les plus atteints (55% du nombre total de décès aux US), ne montrent pas d’augmentation actuelle du nombre de contaminations (Fig.3).
À l’inverse, la Californie, la Floride, le Texas et l’Arizona sont les principaux états concernés par cette évolution opposée des incidences
Comme pour tous les autres tournants de cette pandémie, il sera intéressant de suivre le résultat de cette course à l’armement sanitaire sur les campagnes électorales en cours …

Dans les récents clusters Allemands
Le nombre de cas asymptomatiques peut augmenter transitoirement mais la courbe des tests positifs (nouvelles contaminations) évolue alors indépendamment de la courbe des décès qui reste le critère majeur de toute pandémie

À Gütersloh, le diagnostic positif de jeunes travailleurs des abattoirs (ou du bâtiment) aboutit localement à la situation de Singapour, qui continue de voir baisser son taux de létalité (pourtant déjà le plus faible du monde : il est passé en 2 mois de 0,5% à 0,06%). Autrement dit, sur 1000 porteurs du virus, la Covid y épargne plus de 999 personnes.
Le confinement de cette partie de la Rhénanie-Westphalie ne servira probablement à rien, comme ce fut le cas récent d’une partie de Pékin, si ce n’est de poursuivre la décroissance de la létalité sans aucun impact sur l’évolution de la mortalité

En ce sens, le reconfinement aveugle de la Guyane serait la dernière chose à faire. On toucherait là le summum de l’absurde et d’un égalitarisme mal compris.  » L’ensemble du territoire national devait être bouclé ?  » On a donc confiné la Guyane de mi-mars à mi-mai comme tout le monde et de façon totalement inadaptée puisque, nuance de taille, ce département subit sa vague maintenant, comme le reste de l’Amérique du Sud, à laquelle certains avaient peut-être oublié qu’elle appartenait. Demander aux Guyanais de se recloîtrer alors que le précédent confinement n’a servi à rien et qu’ils en ont subi, eux aussi, de lourdes pertes économiques, sanitaires, culturelles et sociales, pourrait aboutir à une situation insurrectionnelle qu’on n’aurait aucune peine à comprendre. La décision annoncée aujourd’hui semble en avoir enfin tenu compte. Suffira-t-elle ?

Au Brésil, le taux de décès quotidien ne progresse plus depuis fin mai
Le pic étant probablement passé autour du 6 juin (Fig.4), l’augmentation du taux de cas positifs entraine là encore une diminution continue de la létalité.
L’évolution de l’Amérique du Sud suit celle du Brésil, principal driver statistique du continent

Toutes ces tendances continentales apparaissent distinctement sur la Figure 5

Peut-être serait-il désormais souhaitable que les états qui sortent de cette épidémie puissent se consacrer à soutenir rapidement les associations de patients et les soignants
de maladies oubliées comme le cancer (https://www.bfmtv.com/sante/le-president-de-la-ligue-contre-le-cancer-alerte-sur-une-chute-historique-des-dons_AN-202006040134.html),
de pathologies négligées comme les maladies cardio-vasculaires (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2468266720301171),
de maladies infectieuses dont la cause semble incertaine (https://www.lejdd.fr/Societe/francoise-barre-sinoussi-le-deconfinement-saccelere-et-les-comportements-se-relachent-3976246),
– mais qui, à elles trois, ont entrainé la mort de 90 000 personnes en France depuis le 1er mars –
voire simplement à la santé de nos enfants (https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/alain-fischer-les-enfants-victimes-collaterales-du-covid-19_2128439.html).

Jean-François TOUSSAINT

 

13 juin – ITW Journal International de Médecine :

« Début avril, des choix différents auraient pu être adoptés face à l’épidémie ». Entretien avec le Pr Jean-François Toussaint

Mise à jour du 11 juin

SUD RADIO ITW de Jean-François TOUSSAINT : https://www.sudradio.fr/programme/le-grand-matin/cest-a-la-une/

 

Dans son rapport 141, le 9 juin dernier, l’OMS présente l’épidémie de Covid-19 en aggravation continue dans le monde.

 

Ce discours est fondé sur une interprétation particulière de la réalité. En effet, l’accroissement des contaminations constaté depuis début mai (schéma 1) est dû à l’augmentation du nombre de cas positifs. Celui-ci est en relation directe avec la plus grande disponibilité des tests. C’est une bonne chose : nous disposons d’un plus grand nombre d’outils diagnostiques pour évaluer la pandémie.

 

Dans le même temps, la courbe mondiale des décès montre une réduction de 50% par rapport au pic du 16 avril 2020 (schéma 2). Ainsi la létalité (rapport du nombre de décès quotidiens sur le nombre de personnes nouvellement contaminées) ne cesse de décroître (5,66% au lieu de 7,18% soit une réduction de 20% depuis le 29 avril, insert du schéma 2). Ceci est encore le signe d’une évolution favorable : nous disposons d’un plus grand nombre d’outils et le nombre de morts quotidiens a diminué de moitié (il faut noter qu’il n’existe aucun lien de cause à effet entre ces deux facteurs).

Le plateau mondial observé depuis trois semaines (4 234 décès +/- 227, en moyenne hebdomadaire, schéma 3) est dû à la conjonction d’une diminution (flèche rouge) des valeurs européennes (-95%) et nord-américaines (-70%) et de la progression (flèche verte) des valeurs centrale- et sud-américaines. Pour des raisons qui ne sont pas encore établies de façon certaine, cette progression y est plus lente qu’elle ne l’a été en Europe et aux Etats-Unis.

Malgré l’incertitude sur l’exhaustivité des données brutes et leur plus grande variabilité, le Mexique, le Brésil, le Pérou et le Chili sont les quatre pays qui présentent des valeurs quotidiennes actuellement supérieures à 100 décès. L’Amérique centrale et le continent sud-américain sont les deux régions du monde où le virus reste encore très actif.

L’hypothèse de saisonnalité y prendra corps dans les prochaines semaines, ou pas.

 

Depuis le 19 février (1er décès africain), le continent africain compte au total 5 635 décès dus au Covid et l’Inde 7 745. Six millions de décès d’autres causes y sont survenus dans le même temps.

 

Il faudra donc tenter de démêler le nœud d’intentions géopolitiques derrière les choix actuels de communication, au regard des priorités mondiales de santé publique.

 

 

Enfin une étude de l’université d’Oxford montrait la semaine dernière une absence de relation entre l’intensité du confinement et le nombre de contaminations dans l’ensemble des pays suivis. Ces critères d’intensité (stringency index, selon le type de confinement), réévalués chaque jour (https://www.bsg.ox.ac.uk/research/research-projects/coronavirus-government-response-tracker), ne permettent pas non plus d’établir la moindre relation avec le taux de décès (schéma 4). On comprend mieux pourquoi le confinement généralisé (qui avait pourtant été initialement présenté comme efficace) ne figure plus dans aucun des scénarios prospectifs du conseil scientifique du Covid-19 (même dans le plus pessimiste où la situation de février/mars 2020 viendrait à se représenter).

1. Cas positifs dans le monde

2. Mortalité et Létalité Mondiales

3. Evolutions Continentales

4. Confinement & Décès

Mise à jour du 27 mai

voici les données actualisées de l’épidémie au pas de temps quotidien, en France et dans le monde.

S’y ajoute les commentaires de deux directeurs de l’OMS chargés de son suivi lors de la conférence de presse de l’organisation, ce lundi 25 mai 2020

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019

& la démonstration de la fin de cette phase en Nouvelle-Zélande : zéro décès depuis trois semaines & deux contaminations en 10 jours.

La Covid-19 ne prend donc pas de caractère endémique et l’épidémie cesse.

33 Pays et 41 Régions ou Territoires n’ont pas déclaré de décès depuis le 6 mai :

Chine : 30 des 31 provinces (hors Jilin), Mongolie, Cambodge, Vietnam, Nouvelle Zélande, 6 des 8 provinces Australiennes, Fidji, Papouasie, Timor, Buthan, Brunei, Seychelles, Islande, Groenland, Îles Féroé, Liechtenstein, Monaco, Gibraltar, Jordanie, Gambie, Rwanda, Ouganda, Erythrée, Namibie, Zimbabwe, Île Maurice, 5 des 13 provinces Canadiennes, Bahamas, Barbade, Bermudes, Caïman, Jamaïque, Trinidad, Aruba, Sainte Lucie, Saint Vincent, Dominique, Belize. Pour la France : Polynésie Française, Nouvelle-Calédonie, Saint Barthélémy, Saint Martin, Guyane Française et Martinique.

24 Pays et 5 Régions ou Territoires ont déclaré moins de deux décès depuis le 6 mai :

Taiwan, Thaïlande, Province chinoise du Jilin, 2 des 8 provinces Australiennes, Maldives, Sri Lanka, Ouzbékistan, Lettonie, Ile de Man, San Marin, Malte, Chypre, Albanie, Kosovo, Monténégro, Liban, Cap Vert, Togo, Bénin, Éthiopie, République Centrafricaine, Angola, Mozambique, Madagascar, Curaçao, Guyana, Paraguay. Pour la France : Réunion et Guadeloupe.

Durant les trois dernières semaines (entre le 6 et le 27 mai) 57 Pays et 46 Régions ou Territoires ont donc déclaré zéro, un ou deux décès.

Le nombre de pays qui voit la pandémie refluer augmente puisqu’il était de 44 il y a dix jours.

Tout ceci reste très encourageant.

1

2 3 4 5 6

 

Mise à jour du 20 mai

Pour observer une évolution sanitaire, la mortalité est la valeur la moins incertaine dans tous les pays, quelles que soient leurs difficultés de recueil. Que la pathologie soit infectieuse ou non transmissible, les systèmes de santé et les agences de surveillance comptent moins mal les décès que les nouvelles affections, le constat étant souvent plus consensuel.

 

Le nombre de décès dus au Covid-19 dans le monde ne cesse de décroître en moyenne depuis le 16 avril.

Il décroît en cas réels depuis le 29 avril même si ce pic du 29/4 correspond à la déclaration ce jour-là d’un très grand nombre de décès survenus antérieurement dans les maisons de retraite –retirement homes– du Royaume-Uni (la France en avait fait de même quelques semaines plus tôt : ceci modifie transitoirement l’analyse statistique sans en changer la dynamique de long terme).

 

La réduction du nombre de décès quotidiens dans le monde est de 50% par rapport au 16 avril (Figure 1). Elle est de 85% en Europe (95% en Belgique et en Suisse, 85% en Allemagne et en France, 70% au Royaume-Uni) et de 60% aux Etats-Unis.

 

Lors de sa conférence de presse hebdomadaire, l’OMS a fait état hier d’une augmentation de 106 000 nouvelles contaminations dans le monde, chiffre le plus élevé enregistré à ce jour. De fait par rapport au 16 avril ce nombre a augmenté de 9% (Figure 2).

Dans son discours introductif, le directeur de l’organisation n’a cependant pas évoqué l’évolution de la mortalité.

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019 – Conférence de Presse du 20 mai 2020

Comment expliquer cette contradiction entre une maladie qui semble toucher de plus en plus de personnes mais en tue de moins en moins ?

 

Il suffit de préciser qu’il s’agit dans le premier cas du nombre de contaminations validées par des tests qui sont maintenant produits en bien plus grand nombre. Mis à la disposition et utilisés par un nombre croissant de pays, ces tests permettent d’étendre le diagnostic à des personnes parfois moins sévèrement atteintes et moins à risque de décès.

Dans l’évolution usuelle d’une pandémie, lorsque la réponse des systèmes de santé trouve son efficacité maximale, alors le nombre de cas nouveaux (l’incidence) augmente – par l’amélioration des capacités de détection – tandis que la létalité diminue. De fait, ce taux de létalité est passé de 7,18% (maximum du 29/4) à 6,61% hier et va très probablement continuer de décroitre progressivement (Figure 3). Ceci représente un très bon signe évolutif.

1. Evolution mondiale des Décès quotidiens

2. Contamination évaluée par Tests

3. Taux mondial de Létalité

Mise à jour du 17 mai

Signe d’une épidémie à l’arrêt ou en cours d’achèvement sur leur territoire, quarante-quatre pays – sur les 175 ayant connu au moins un cas de contamination humaine par le Covid – ont déclaré un ou zéro décès depuis 10 jours.

Parmi ceux-ci, quinze n’ont pas connu de décès depuis un mois.

 

Pays, Régions et Territoires n’ayant pas connu de décès depuis 10 jours :

Trente provinces de Chine (dont le Hubei), Mongolie, Cambodge, Vietnam, sept des huit provinces Australiennes, Nouvelle Zélande, Polynésie Française, Fidji, Nouvelle-Calédonie, Papouasie, Brunei, Buthan, Sri Lanka, Seychelles, Islande, Albanie, San Marin, Liban, Libéria, Bénin, Gambie, Rwanda, Ouganda, République Centrafricaine, Namibie, Angola, Mozambique, Zimbabwe, Réunion, Madagascar, Île Maurice, sept des treize provinces Canadiennes, Guyane Française, Guadeloupe et Martinique

 

Pays, Régions et Territoires ayant déclaré un seul décès durant la dernière semaine :

Taiwan, Thaïlande, Népal, Province du Jilin, Province Australienne de Nouvelle Galles du Sud, Maldives, Ouzbékistan, Lettonie, Ile de Man, Malte, Kosovo, Monténégro, Tunisie, Cap Vert, Togo, Djibouti, Éthiopie, Paraguay, Uruguay

 

Source : CSSE, Université Johns Hopkins

 

VIDEOS : BFM TV 14 mai

Grand oral

https://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/le-grand-oral-de-pr-jean-francois-toussaint-professeur-de-physiologie-1405-1247411.html

Mise à jour du 11 mai

voici la dynamique actualisée du nombre de contaminations quotidiennes en Europe : entre le 12 avril (49 758 nouveaux cas) et le 10 mai (8962), la réduction est de 82%.

Dans le monde, l’évolution de la mortalité quotidienne (∆ Décès) montre une réduction de 68% au regard des maxima de la mi-avril, et de 44% pour les valeurs moyennes (Moy5j).

Avec deux nouveaux cas par jour et aucun décès depuis une semaine, la Nouvelle Zélande (où 150 000 personnes ont été testées pour un pays de 5 millions d’habitants) va reprendre ses échanges avec l’Australie, qui a atteint le même stade.

Enfin Johan Giesecke, ancien responsable de la santé publique en Suède explique, dans le Lancet (https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31035-7/fulltext#%20), le contexte de leurs décisions, les résultats sur l’immunisation des Suédois, les évolutions attendues et la notion de « soins optimaux » à l’échelle individuelle, comme à celle d’un pays

Contamination, Europe, 11 mai

Décès, Monde, 11 mai 2020

Médias :

https://www.20minutes.fr/societe/2769167-20200505-coronavirus-confinement-inutile-si-simple

https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/covid-le-pr-toussaint-observe-une-phase-de-decroissance-continue-dans-les-pays-les-plus-touches-1245263.html

https://www.bfmtv.com/sante/coronavirus-arrive-t-on-a-la-fin-de-l-epidemie-1909025.html

Mise à jour du 5 mai

afin que chacun puisse se faire une idée plus précise sur la dynamique de l’épidémie, je vous prie de trouver ci-joint la mise à jour du nombre de décès hospitaliers au pas de temps quotidien en France

(Données: Santé Publique France: https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/infection-au-nouveau-coronavirus-sars-cov-2-covid-19-france-et-monde)

et le suivi du nombre de décès dans 12 pays d’Europe et du Monde

(Source: CSSE Univ Johns Hopkins: https://github.com/CSSEGISandData/COVID-19/tree/master/csse_covid_19_data/csse_covid_19_time_series)

1. Décès France 6.5.20 2. Décès Monde 6.5.20

Nice-Matin : 3 mai

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Communique : 2 Mai

Avec une moyenne de 806 cas sur les 5 derniers jours le nombre de contaminations quotidiennes en métropole est, pour la première fois depuis le 17 mars, inférieur à 1000 par jour.

Le virus continue de réduire sa contagiosité, cette valeur ne cesse de décroitre dans la plupart des pays quels que soient les décisions assumées ou les choix établis par les états .

Deux nations d’Amérique Latine (dont le Brésil) ainsi que l’Inde progressent encore à des taux cependant 1 à 2 ordres de grandeur inférieurs à ceux des pays européens ou nord-américains

En ce 1er mai, 218 personnes sont décédées d’un coronavirus contracté dans les quatre dernières semaines et 1400 sont décédées en France d’une autre cause.

La fin de ce voyage chaotique approche: moins de 5% de cette vague reste à subir.

Pleurons nos morts, aidons nos convalescents à renaître.

Remercions celles et ceux qui n’ont ni plié, ni fui et ont tenu leur poste dans la tempête.

 

France, Contaminations

 

Log Décès, Continents 1.5.20

Communique : 28 avril

À l’échelle mondiale, la mortalité due au Covid a décru de 62% depuis le passage des sommets (de 9620 décès dans le monde au jour du pic, à 3692 hier).

En France, depuis les maxima début avril, le nombre journalier de contaminations a baissé de 60% ; le nombre de décès hospitaliers de 50%, le nombre de décès en EHPAD de 85%

Seuls trois pays sont encore en phase d’expansion dans le monde : le Brésil (320 décès quotidiens), le Mexique (80) et l’Inde (58, un taux presque 100 fois inférieur à celui qu’a connu l’Europe)

Au-delà des caractéristiques propres au virus (propriétés de l’enveloppe, mutations, protéines, …) et de nombreuses autres (saluons à ce propos la réussite en première phase de l’essai clinique Corimuno et de ses concepteurs), ces observations suggèrent aussi de mieux définir les inter-dépendances entre trois groupes de facteurs :

– démographiques : la jeunesse des populations est un facteur défavorable à la circulation de ce virus, à l’inverse le vieillissement des populations, et leur fragilité, ont été fatales

– sanitaires : facteurs de risque cardio-vasculaires, troubles métaboliques (obésité, sédentarité, diabète …), cancer, niveau d’activation immunitaire

– environnementaux : la chaleur est un facteur limitant, jouant potentiellement sur la stabilité de l’enveloppe virale ; le rôle de la pollution nécessite d’être confirmé comme il l’a été pour la propagation grippale

Ces facteurs répondent aux schémas d’interactions entre un agresseur (viral) et un agressé (populations vulnérables) dans un contexte particulier. Leur dynamique évolutive définira les conditions d’une possible saisonnalité, ou non.

Quant aux pistes de travail, la propagation Est-Ouest interroge également, d’autant qu’à l’inverse de l’Europe, le gradient longitudinal américain montre des taux de décès dix fois supérieurs dans les états de la côte Est par rapport à ceux de la côte Ouest (le maximum est atteint à New York avec 950 décès par million d’habitants, soit deux fois les taux européens les plus élevés, en Espagne et en Belgique). Les routes de la soie ont leurs inconvénients mais la climatisation des tours peut-être plus encore.

Enfin, dans le cadre d’un déconfinement prochain, l’ensemble des mesures décidées, quelles qu’elles soient,

devra être très régulièrement révisé à hauteur de la circulation virale, de sa décroissance actuelle et de son évolution.

Communique : 21 avril

Beaucoup d’entre vous me demandent où en sont les autres continents

Les analyses ci-jointes vous montreront les évolutions de :

– l’Océanie : où l’Australie, principal pays concerné, a achevé son cycle. L’épidémie y a cessé (zéro cas, zéro décès nouveaux depuis 48h, à suivre)

– l’Asie : l’épidémie en Chine semble ne plus être liée qu’aux cas de ré-importation (retour de citoyens venant de pays atteints). Hors de Chine, la Corée voit également l’épidémie s’arrêter en ce moment (dix cas, deux décès chaque jour depuis 72h). Vous noterez les données de Taiwan (422 cas cumulés pour 6 décès en tout depuis janvier) et du Vietnam (268 cas/0 décès). Tous trois ont pratiqué des politiques de contrôle issus de l’expérience du SARS 2003, avec dépistage immédiat et isolement ciblé pour les personnes malades et les sujets contacts, sans confinement de leur population. Les états européens pourraient évoluer vers ce type de mesures, d’autant que la Suède, les Pays-Bas et l’Allemagne ne montrent pas de résultat inférieur aux autres pays sur notre continent.

– l’Afrique : la principale zone d’extension a concerné les pays du Maghreb (hors Lybie, sans information certaine). Après 9 semaines de circulation, le Covid-19 y a contaminé 10000 personnes (presque la moitié des cas africains) et fait 840 victimes (70% des décès continentaux) ; le graphe 1 (en haut à droite) montre la différence de progression du total des décès cumulés (en échelle logarithmique) entre Afrique et Europe : la différence des pentes illustre l’écart de 1 à 100 entre les totaux enregistrés à ce jour ( 1190 décès en Afrique, 104 000 en Europe )

– l’Amérique du Sud (graphe 2): l’épidémie y est présente depuis le 26 février. De nombreux pays ont passé le pic de contamination, à l’exception du Brésil et de la Bolivie, et certains ont déjà passé le pic de décès; hors Brésil, les valeurs au pic de mortalité sont restées inférieures à 50 décès par jour en Colombie, Equateur, Argentine, Chili ; la mortalité moyenne du Covid est actuellement de 1 décès par jour en Bolivie, Paraguay & Uruguay

Jean-François Toussaint

Professeur de Physiologie, Université de Paris

CIMS Hôtel-Dieu, APHP – Review Editor AR6, IPCC / GIEC

Directeur de l’IRMES, Institut de Recherche Médicale et d’Epidémiologie du Sport

Am Sud 21.4.20 Asie Afrique Océanie 21.4.20

Asie Afrique Océanie 21.4.20

Mise à jour du 18 avril

https://www.irmes.eu/ea7329/index.php/news/sport-et-covid/

 

Les pics mondiaux de contaminations et de létalité ont bien été franchis les 7 et 9 avril 2020 : le nombre de décès en lien avec le Covid19 était alors de 95 429 dans le monde (il est de 125 871 en ce 15 avril). Les pics français ont également été passés la semaine dernière (les 5 et 7 avril). Avec 12 150 décès au 14 avril, le Royaume Uni franchit en ce moment son pic de mortalité alors que les USA l’ont passé le 11. La plupart des pays basculent donc l’un après l’autre vers une phase de ralentissement de l’expansion. Pour la Suède qui, comme les Pays-Bas, n’a pas confiné sa population, le nombre cumulé après 10 semaines d’épidémie est de 1033 décès.

Avec un taux de mortalité qui pourrait se situer autour de 0,37% (première étude populationnelle, au cœur d’une des régions allemandes initialement touchées https://www.springermedizin.de/covid-19/epidemiologie-und-hygiene/die-erkenntnisse-aus-der-coronavirus-studie-in-heinsberg/17890088), il sera intéressant de confronter ces réalités avec les prédictions qui ont fondé les décisions de confinement généralisé : le nombre total de décès avait en effet été estimé à 500 000 pour le Royaume-Uni et à 70 000 pour la Suède.

Une fois ce recadrage effectué, l’impact d’un confinement global prolongé, et de ses effets dominos, pourrait alors apparaitre sous un jour assez différent.

Prenez encore soin de vous et de vos proches

Bien à vous

Jean-François Toussaint

Professeur de Physiologie, Université de Paris

CIMS Hôtel-Dieu, AP-HP – Review Editor IPCC / GIEC

Directeur de l’IRMES, Institut de Recherche bioMédicale et d’Epidémiologie du Sport

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