Éric Dupond-Moretti, né le à Maubeuge, est un avocat pénaliste français, réputé pour le nombre record d’acquittements qu’il a obtenus sur le territoire français.

Jeunesse et études

Issu d’une famille modeste, Éric Dupond est le fils unique de Jean-Pierre Dupond, ouvrier métallurgiste originaire de l’Avesnois, et d’Elena Moretti, femme de ménage d’origine italienne. Ses grands-parents paternels, Achille et Louise, sont également ouvriers. Il perd son père à l’âge de quatre ans, sa mère l’élève alors seule. Comme plusieurs grands pénalistes orphelins de père (Robert Badinter, Georges Kiejman, Hervé Temime), son enfance est marquée par ce sentiment d’injustice. Il fait ses études secondaires au lycée catholique Notre-Dame, à Valenciennes, où il obtient son baccalauréat.

Sa vocation d’avocat puise ses origines dans une histoire familiale, son grand-père maternel, immigré italien, est retrouvé mort en 1957 dans des conditions suspectes, le long d’une voie ferrée. Son oncle porte plainte afin qu’une enquête soit ouverte mais rien n’est fait. Cette injustice, un mystère de plus, le décidera à choisir la voie du droit. Dupond-Moretti dira : « Je pense que c’est à l’origine de cette vocation. Cela y participe à l’évidence ».

Mais le véritable déclic a lieu à 15 ans en 1976 lorsqu’il entend à la radio l’annonce de l’exécution de Christian Ranucci. Dans Directs du droit, il écrit être devenu avocat par « détestation de la peine de mort ». Alors que sa mère est devenue femme de ménage, il effectue plusieurs petits boulots pour financer ses études : fossoyeur, maçon, ouvrier à la chaîne, déchargeur de sacs de sable, serveur dans des boîtes de nuit ou serveur de restaurant, pion. À l’issue de médiocres études de droit, il est reçu en fin de classement au barreau de Lille mais lauréat ex aequo du concours d’éloquence du stage.

Carrière professionnelle

Avocat

Après avoir prêté serment comme avocat le 11 décembre 1984 à Douai, il s’inscrit au Barreau de Lille. Engagé dans un cabinet lillois après avoir vainement tenté d’intégrer plusieurs cabinets d’avocats réputés, il commence sa carrière dans les prud’hommes puis dans les commissions d’office avec pour mentors l’avocat lillois Jean Descamps et l’avocat toulousain Alain Furbury dont il porte aujourd’hui la robe.

Lors de sa première affaire, des pièces qui lui sont destinées sont envoyées à un confrère nommé également Dupond, c’est alors qu’il décide d’adjoindre à son patronyme, à titre d’usage, le nom de sa mère (Moretti), lui rendant ainsi hommage.

Il obtient son premier acquittement le 27 mars 1987.

En 1993, il se dit victime d’un « coup fourré » de la part du procureur José Thorel qui aurait tenté de le faire tomber dans un dossier de stupéfiants, des traces de cocaïne ayant été retrouvées dans sa berline. Il subit alors une perquisition et une garde à vue qui auraient pu mettre fin à sa carrière.

Pour ses résultats, il est surnommé « Acquittator » dans les prétoires. Selon M, le magazine du Monde, il feint de ne pas compter ses victoires mais il a fêté entre amis, quelques mois avant la parution de l’article que lui a consacré le magazine le 28 avril 2012, le centième acquittement obtenu devant une cour d’assises14. Ses victoires lui valent aussi le surnom d’« Ogre du Nord »15. Son aversion contre une certaine magistrature, « institution de faux-culs, petit monde de l’entre-soi et de l’irresponsabilité » et le rapport de force qu’il engage avec les magistrats lors des procès font que certains d’entre eux voient en lui un « terroriste des prétoires ».

Selon ses propres dires, le surnom qu’on lui donne était initialement « Acquittador », en référence à sa passion pour la tauromachie. Ce surnom fut repris en « Acquittator » transformant ainsi le « D » en « T » par un journaliste présent au moment des faits lors d’une conférence à Marseille, sobriquet qu’il n’apprécie pas.

En 2016, il s’inscrit au barreau de Paris où, associé avec Maître Antoine Vey, ils créent le Cabinet Dupond-Moretti & Vey.

Cinéma

En 2013, il joue son propre rôle dans le film Les Salauds de Claire Denis. La même année débute la série télévisée Vaugand dont les auteurs se sont inspirés de l’avocat pour camper le héros, « un homme de loi, entre grande gueule et ours mal léché ».

En 2016, il participe au tournage du téléfilm L’Affaire de maître Lefort, où il interprète le rôle d’un ténor du barreau. Il a accepté le rôle à la demande de Patrick Sébastien.

En 2017, il joue un président de Cour d’assises dans le film de Claude Lelouch, Chacun sa vie, sorti le 15 mars.

Engagement politique

Il a présidé le comité de soutien de Martine Aubry, pour les élections municipales de mars 2008 à Lille. Il signe également une tribune en sa faveur dans Libération avant les primaires socialistes de 2011. Il lui prédit alors : « vous serez réélue, la souveraineté populaire est raisonnable. ».

En 2013, il refuse la Légion d’honneur.

En mai 2015, Éric Dupond-Moretti se déclare publiquement partisan de l’interdiction du Front national, tout en précisant que « c’est compliqué car après, il y a reconstitution de ligue dissoute ».

Principales plaidoiries

  • En 1990, il a permis l’acquittement de Jean-Pierre Deulin, accusé en 1987 du meurtre de sa femme, qui s’était en réalité suicidée.
  • En 1991, il est avec François Le Phuong avocat de la défense de quatre militaires lors du procès des paras de Francazal pour le meurtre d’une jeune femme, de deux adolescentes et d’un garde-chasse. Les quatre accusés sont tous condamnés à la prison à perpétuité avec une peine de sureté de trente ans pour Philippe Siauve et Thierry El Borgi (les deux chefs), quinze ans pour Thierry Jaouen, et treize ans pour Franck Feuerstein.
  • En 1993, lors de l’affaire VA-OM, il défend Jacques Glassmann.
  • En octobre 2001, il défend Omar Zemmiri lors du procès des membres du gang de Roubaix. Zemmiri sera condamné à 28 ans de prison ferme.
  • En juillet 2004, parmi ces acquittements, figure celui de la « boulangère » Roselyne Godard, lors du premier procès d’Outreau, devant la Cour d’assises de Saint Omer (Pas de Calais), cette affaire le faisant accéder à une notoriété nationale.
  • En février 2006, il obtient l’acquittement de Jean Castela, considéré comme le commanditaire de l’assassinat du préfet Claude Érignac, condamné à trente ans de réclusion criminelle en première instance.
  • En mai 2006, il parvient à obtenir en appel, l’acquittement de Michel Pinneteau. Celui-ci avait été préalablement condamné en 2004 à 30 ans de prison dans l’affaire dite « des corps sans têtes de l’Esteron ». Il est en revanche condamné à trois ans de prison dans la même affaire pour « vols avec armes ».
  • En 2009, il fait partie de l’équipe de cinq avocats chargés d’assurer la défense de Jérôme Kerviel. C’est également lui qui devait assurer la défense de Jean-Pierre Treiber lors de son procès (prévu en avril 2010) avant le suicide de ce dernier le 20 février 2010.
  • En 2010, il plaide pour Jacques Viguier : il obtient son acquittement lors du procès en appel devant la cour d’assises du Tarn, le 20 mars 2010.
  • En février 2011, il rejoint les rangs de la défense d’Yvan Colonna, rejugé à partir du 2 mai 2011.
  • Le 24 juin 2011, il obtient l’acquittement de Loïc Sécher qui a déjà passé neuf années en prison, à la suite d’une condamnation pour viol à seize ans de prison. Dupond-Moretti plaide lors du procès en appel et affirme que cette affaire Sécher était un « fiasco dû à la dictature de l’émotion ».
  • En octobre 2012, il assure la défense de Nikola Karabatic reconnu coupable d’escroquerie en juillet 2015 et condamné à 10 000 euros d’amendes par le tribunal de Montpellier où il était jugé pour escroquerie dans l’affaire des paris suspects liés au match truqué de mai 2012 entre Cesson et Montpellier.
  • En juin 2013, il assure la défense de Bernard Tapie et plus précisément « juridiquement et médiatiquement » les sociétés de son groupe des « attaques et mensonges » dans le cadre de l’enquête sur l’arbitrage dans son conflit avec le Crédit lyonnais.
  • Lors du troisième procès du docteur Jean-Louis Muller, devant la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle, il obtient son acquittement, le 31 octobre 2013. Le docteur Muller, qui a toujours clamé que son épouse s’était suicidée à leur domicile d’Ingwiller, en 1999, avait précédemment été condamné à deux reprises pour « meurtre » à vingt ans de réclusion criminelle, d’abord en 2008, par la cour d’assises du Bas-Rhin, puis en 2010, en appel, par la cour d’assises du Haut-Rhin, l’arrêt de la cour d’appel ayant été annulé en 2011 par la Cour de cassation.
  • En 2016, il est l’avocat de Karim Benzema mis en examen le 20 juillet 2010 pour « sollicitation de prostituée mineure ». Celui-ci est relaxé.
  • Le 10 mai 2016, il assure également la défense de l’opposant congolais, ex-gouverneur du Katanga et candidat à l’élection présidentielle, Moïse Katumbi Chapwe, dans le cadre de l’enquête concernant le recrutement de mercenaires étrangers.Il sera mandaté après par le même Moïse Katumbi Chapwe pour déposer une plainte devant le Comité des Droits de l’Homme des Nations unies afin d’y obtenir reconnaissance des droits civils et politiques de l’ex-gouverneur de la province du Katanga dans un contentieux l’opposant au gouvernement de son pays»,
  • Le 19 octobre 2016, il assure la défense en appel de Jo Baron, accusé de la destruction du portique écotaxe de Lanrodec, lors de la révolte des bonnets rouges.

Principales affaires judiciaires en cours

  • Depuis juin 2012, il assure la défense d’Abdelkader Merah. Celui-ci est accusé de complicité dans les attentats perpétrés par son frère Mohamed ayant abouti à la mort de trois militaires ainsi que trois enfants et un professeur d’une école juive en mars 2012 dans la région de Toulouse.
  • Le 31 octobre 2016, conseillé par le roi du Maroc Mohammed VI, il prend en main l’affaire du chanteur marocain Saad Lamjarred accusé d’agression sexuelle et de viol, les frais d’avocat sont pris en charge par le palais marocain.
  • Le 6 février 2017, il annonce représenter la défense des intérets de Théo (voir affaire Théo), victime alléguée de viol par 4 policiers lors de son interpellation à Aulnay-sous-Bois, ainsi que ceux de sa famille.

Vie privée

En 1991, il épouse Hélène, une ancienne jurée rencontrée lors d’un procès d’assises, avec qui il a deux enfants.

Passionné de chasse, il possède une ferme flamande avec des chiens d’arrêt et des rapaces élevés pour la chasse au faucon.

Divorcé, il partage depuis avril 2016 sa vie avec la chanteuse Isabelle Boulay.

Publications

  • avec Stéphane Durand-Souffland, Bête noire, Éditions Michel Lafon, 2012
  • avec Loïc Sécher, Le Calvaire et le Pardon, Michel Lafon, 2013
  • avec Stéphane Durand-Souffland, Directs du droit , Michel Lafon, 2017